J'ai reçu le livre Tout pour gagner aux prud'hommes. C'est un livre facile et rapide à lire qui à la fois présente la vision d'un conseiller prud'homal et donne quelques conseils mais côté salarié bien entendu.
J'ai en fait appris peu de choses par rapport à tout ce que j'ai pu compiler ci et là et notamment sur le site prudhommes Isère qui est une mine intarissable d'infos.
Donc, je viens de recevoir les conclusions du demandeur, en retard de près de 3 semaines par rapport à la date fixée. Je vais donc écrire à cet avocat pour lui dire qu'il n'a pas respecté le contrat de procédure et qu'il m'empêche de le respecter car j'avais jusqu'au 20 mars pour rendre mes conclusions + copie au CPH.
Mais je ne devrais pas avoir trop de difficultés à répliquer tellement les conclusions sont truffées d'erreurs.
Quelques exemples :
1/ comme j'étais en garde partagée, la nounou avait 2 contrats : un avec nous, un avec l'autre famille. Et bien l'avocate a mis dans ses pièces le CDI avec l'autre famille ! Ce contrat ne me lie aucunement avec la salariée. Et même s'il est ressemblant, je ne me sens pas engagé par cette pièce qui est citée dans les conclusions. Et je n'ai pas envie de produire ce contrat me concernant car il y en a eu 3 et c'est le dernier qui est résilié (c'est la 3e famille que nous avons partagé avec la nounou !). Je ne produirai que le dernier qui intéresse le tribunal.
Il y a un trou dans l'historique des contrats. La partie demandeuse ne produit pas le second
contrat de travail, ce qui est bien légitime car la nounou n'a pas signé avec l'autre famille et s'est fait payée au black, j'ai un email de la famille co-employeur de l'époque, je ne sais pas ce que ça vaut comme preuve mais bon, c'est bien pour cette raison que la partie adverse ne le joint pas aux pièces. Mais un trou d'un mois, ça va pas le faire, faudra bien qu'elle s'explique...
2/ concernant l'irrégularité de la procédure (absence d'entretien préalable), l'avocate cite l'article 1235-2 qui dit que c'est une indeminité d'un mois de salaire. Or l'article 1235-5 dit que "Ne sont pas applicables au licenciement d'un salarié de moins de deux ans d'ancienneté dans l'entreprise et au licenciement opéré dans une entreprise employant habituellement moins de onze salariés, les dispositions relatives : 1° Aux irrégularités de procédure, prévues à l'article L. 1235-2".
Donc je peux réfuter cet argument de droit car il ne s'applique pas à la salarié.
Cependant l'article 1235-5 dit que pour les salariés de moins de deux ans, c'est une indemnité en fonction du préjudice subi... Dois je le mentionner ou simplement réfuter l'argument du demandeur ?
3/ La partie adverse réclame des salaires impayés (une partie de janvier 2009) et des heures supplémentaires non payées mais sans donner la moindre preuve de cela. Le CPH doit-il les croire sur parole ?
4/ La partie adverse réclame des heures supplémentaires qui devaient être récupérées de façon totalement farfelues. Le dernier contrat en date du 17/09, celui pendant lequel le licenciement est survenu, prévoyait 120 heures sup annuelles récupérables, soit 10 heures par mois. Le licenciement intervenant un mois après, il n'y a que 10 heures supp. à récupérer qui n'ont donc pas été récupérées et qui doivent être payées. L'avocate me fait un calcul "savant" qui montre qu'elle ne connaît rien en maths. Elle dit que je dois payer les récup sut 10,5 mois (alors que la nounou a travaillé moins de 9 mois !), soit 10157 euros ! Mais elle est folle. Quand je vais expliquer le calcul, de façon simple, les conseillers vont tous se mettre à rire tellement c'est énorme !
Par contre, je ne sais pas trop quoi penser de leur demande de résiliation judiciaire.
Ils invoquent que j'ai manqué à mes obligations en n'ayant pas fourni de travail à la nounou les 15 et 16 octobre (nous lui avions demandé de rester chez elle mais nous l'avons payé pendant ces deux jours non travaillés) et que j'ai fait garder mon enfant par une autre personne,
assistante maternelle.
J'ai envoyé la lettre de licenciement le 14/10 qu'elle a reçue le 16/10 alors qu'elle a saisi les prudhommes le 15/10.
Le licenciement suite à résiliation judiciaire est réputé comme étant sans cause réelle ou sérieuse selon la jurisprudence que l'avocate a jointe. Or la
convention collective du particulier employeur prémunit les deux familles employeurs de
licenciement abusif en permettant, lorsqu'une des deux familles met fin à son contrat, à l'autre de résilier aussi son contrat. Comme je suis dans ce cas, il n'y a pas licenciement abusif.
Le CPH peut-il vraiment statuer sur une résiliation judiciaire dans ce cas alors que le licenciement est maintenant effectif ? Ca paraît peu probable, non ?
Elle me reproche de ne pas luia voir fourni de travail mais je suis pas une PME et mon fils n'est pas un outil de travail. Elle a gravement fauté (2 motifs). Il n'était plus possible que je continue à lui confier mon fils dans ces conditions et c'est cela justement la faute grave : c'est celle qui ne permet plus le maintien du salarié dans l'entreprise... Quand je pense que la salarié est même allée faire une main courante pour dire qu'elle a trouvé porte close le 15/10.
La partie adverse conteste comme il fallait s'y attendre la faute grave dans ma lettre de licenciement :
- avoir sorti mon fils malade mais j'ai une attestation de quelqu'un qui habitait chez nous au moment des faits,
- avoir gardé un enfant à mon domicile sans l'accord de ses deux co-employeurs (j'ai une attestation de l'autre famille). Par contre même si je pense qu'elle s'est fait payer, je ne peux pas le prouver donc l'argument "travail dissimulé" invoqué ne tient pas à mon avis. En revanche, je peux toujours dire qu'elle a manqué de loyauté vis à vis de ses employeurs puisqu'en gardant un 3e enfant et en ne consacrant pas totalement son
temps de travail à ses employeurs.
=> Y a t-il un article du code du Travail qui dit que le salarié doit être loyal et consacrer le temps pour lequel il est rémunéré à son employeur ?
Dernières petites questions :
- est-ce que l'avocate doit envoyer les pièces par courrier séparé à moi et mon ami qui sommes tous deux co-employeurs ou est-ce qu'un lettre commune comme elle a fait suffit ?
- j'aimerais saisir l'inspecteur du travail pour travail dissimulé mais je ne vois pas trop comment m'y prendre. Je voudrais que cette lettre figure dans les pièces que je vais adresser à l'avocate.
- le principe contradictoire dit qu'il faut se partager les pièces avant l'audience, en "temps utile" mais est-ce valable pour les conclusions ? Je m'explique : si l'avocate argue de l'article L.1235-2 alors que celui-ci n'est pas applicable à la salariée, est-ce qu'elle peut corriger le jour de l'audience. En effet, elle sera au courant qu'elle a fait une erreur puisque dans ma réplique je vais dire que cet article ne s'applique pas à notre cas d'expèce). Ou alors je ne dis rien dans mes conclusions et je réfute cet argument le jour J ? Bref, c'est de la stratégie d'avocat que je ne maîtrise pas.
Le feuilleton continue mais j'ai plaisir à rechercher de la documentation et de tirer les fils un à un jusqu'à avoir une argumentation irréprochable.
Ce sera en grande partie grâce à votre aide.
PS : les demandes de la partie adverse ont changé complètement :
- dommages-intérêts pour rupture abusive du contrat de travail : 4.000 €
- rappel de salaire : 235,17 € + 23,51 congés payés y afférents
- indemnité compensatrice de préavis : 820,61 € + 82 € de congés payés y afférents
- heures de récupération non payées : 1.157 € + 155 € de congés payés y afférents
- indemnité pour non respect de la procédure de licenciement : 820,61 €
- article 700 : 1.500 €
Nous avions passé sur beaucoup de choses mais là j'ai envie de rappeler les salaires qu'elle a trop percus et ses retards d'au moins 2 heures.
J'ai été long, trop, veuillez m'en excuser par avance.