Total et sept de ses cadres ont demandé
mercredi au tribunal de Nanterre de condamner à 44.000 euros de dommages et
intérêt l'ancien président du fonds d'actionnariat salarié du groupe, Bruno
Henri, qui a dénoncé une manoeuvre d'intimidation sur fond de grogne des
petits actionnaires.
Concrètement, Total et ses cadres, tous représentants de la direction au
conseil de surveillance du fonds ("Total Actionnariat France"), reprochent à
Bruno Henri de les avoir empêchés de voter lors d'une réunion qui s'était
tenue le 13 mai 2009, deux jours avant une assemblée générale du groupe.
Le conseil de surveillance du fonds est composé de 14 représentants des
porteurs de parts, élus par les salariés, et de sept représentants de la
direction.
Bruno Henri, élu sur une liste du syndicat Sictame-Unsa, a rétorqué qu'il
avait appliqué le règlement à la lettre, contrairement à ses prédécesseurs.
Lors de l'assemblée générale du 15 mai 2009, le fonds, qui détenait 9,5%
des voix, s'était prononcé contre le renouvellement des mandats
d'administrateurs de Daniel Bouton (Société Générale) et de Michel Pébereau
(BNP-Paribas), lesquels avaient finalement été élus avec respectivement 58,87%
et 56,38% des voix.
"Total a longtemps été habitué à des scores soviétiques lors des assemblées
générales (...) Aujourd'hui, comme ils craignent de ne plus faire la loi, ils
font de l'intimidation", a souligné l'avocat de Bruno Henri, Me Daniel Richard.
"C'est la première fois qu'un grand groupe industriel s'en prend
frontalement à ses actionnaires salariés", a ajouté l'avocat.
De son côté, l'avocat de Total, Me Joël Grangé, a dénoncé le "mini coup
d'Etat" de M. Henri, en soulignant que lors de la réunion, les trois élus
étiquetés CFE-CGC avaient refusé de prendre part au vote pour protester, eux
aussi, contre cette pratique inédite.
Devant les magistrats de la 1re chambre civile, Total a demandé que le
jugement soit prononcé avant la prochaine réunion du conseil de surveillance
du fonds, le 18 mai. Le groupe n'a pas obtenu gain de cause, le tribunal ayant
fixé son délibéré au 27 mai.
De son côté, Bruno Henri, qui est toujours membre du conseil de
surveillance mais n'est plus président, a affirmé que son successeur, étiqueté
CFDT, avait les mêmes intentions que lui.