Un quinquagénaire a été condamné par la cour
d'assises de Corse-du-Sud, mercredi à Ajaccio, à la peine maximum de vingt ans
de prison pour des viols sur cinq mineurs de son entourage familial dans un
procès qualifié de "cas d'école du viol" d'enfants par le ministère public.
Henri Chollet, 55 ans, était accusé de viols sur mineurs par personne
exerçant l'autorité ou ascendant, sur trois garçons et deux filles âgés de
cinq à 15 ans, dans les années 1980 et 1990.
Il a aussi été condamné à une peine de sûreté de 13 ans avec obligation de
se soigner et à 10 ans d'interdiction de séjour sur le territoire corse.
Cet agent de sécurité originaire de Marseille, installé en Corse depuis
quatorze ans, avait été trahi par son ordinateur. Les gendarmes y avaient
découvert, en 2007, du matériel pédo-pornographique dans le cadre d'une
enquête lancée par le FBI américain sur un trafic international sur l'internet.
Durant les deux jours de son procès, cet homme massif et voûté, tassé dans
le box, visage fermé derrière des lunettes fumées, a nié en bloc toutes les
accusations.
Sauf une. Celle des viols de son beau-fils, alors âgé de 15 ans. Il les
avait lui-même filmés sur une K7 découverte par les gendarmes pendant la
perquisition de son domicile à Porto Vecchio (Corse-du-Sud).
La mère du jeune homme, qui fut la troisième femme de Chollet, s'était
suicidée peu après, au cours de l'instruction durant laquelle elle avait
visionné la K7.
Face aux quatre autres jeunes hommes et femmes, appartenant tous à
l'entourage familial, venus décrire, souvent en larmes, les sévices subis
durant leur enfance, Chollet est resté impassible.
Il s'est borné à prétendre être victime d'un "complot", se murant dans un
déni systématique lorsque la présidente Jeanne-Marie Chiaverini l'a interrogé,
après chaque témoignage, allant jusqu'à lâcher: "je suis abasourdi". Ou à dire
d'une voix monocorde, mais ferme, à un jeune homme l'accusant d'attouchements:
"ce n'est pas bien ce que tu fais".
Présenté par les témoins comme un manipulateur à la sexualité débridée,
Chollet est doté, selon un expert psychiatre, d'une "libido débordante".
Les avocats des parties civiles ont évoqué les "enfances brisées" et "les
rêves envolés" des victimes et leurs "longues années de silence, de
culpabilité, de souffrance et de honte".
La substitut Marine Karsenti, avait requis la peine maximum contre Chollet,
dont "le discours est dénué de toute culpabilité" après avoir "considéré ses
victimes comme de la viande fraîche".
L'avocat de la défense, Me Sébastien Sebastiani, après avoir évoqué "le
dégoût, la lassitude et le désir de sanction extrême" suscités par cette
affaire, avait demandé à la cour de ne pas "supprimer Henri Chollet de la
société" et émis l'espoir qu'une peine inférieure à 20 ans lui permette encore
d'être "soigné".
Mais, il n'a pu conclure sa plaidoirie autrement qu'en adressant aux
parties civiles "l'espoir que cette audience soit l'occasion d'un renouveau",
sachant "l'importance d'un procès pour se reconstruire".
Henri Chollet est demeuré impassible à la lecture du verdict.