Six personnes comparaissent depuis lundi matin
et pour trois semaines devant la cour d'assises spéciale de Paris pour un
attentat commis en 2004 en Haute-Corse contre la gendarmerie d'Aleria, qui
n'avait pas fait de victimes mais provoqué d'importants dégâts.
Les deux principaux accusés sont Jean-Marie Biancardini, 48 ans, et
Jean-Marc Dominici, 32 ans, présentés comme directement impliqués dans "la
préparation et la réalisation" de l'attentat.
Parmi les quatre autres accusés figurent deux hommes présentés comme les
"petites mains" des deux premiers. Frédéric Angeli, 33 ans, et Patrice Lepidi,
26 ans, sont poursuivis pour avoir déposé devant la gendarmerie d'Aleria, le
soir du 21 octobre 2004, la bombe artisanale constituée d'un mélange de 13
kilos de chlorate de soude et de sucre.
A l'époque, alors que les attentats et "nuits bleues" se multipliaient en
Corse, le procureur général de Bastia avait qualifié l'attaque d'Aleria de
"véritable acte de guerre". Plusieurs appartements occupés par les familles de
gendarmes avaient été dévastés, et les vitres des maisons voisines avaient
volé en éclats dans un rayon de 150 mètres.
L'explosion avait été précédée d'un coup de téléphone anonyme aux pompiers,
prévenant de l'imminence de l'attentat, et un témoin avait aperçu un véhicule
suspect déposant la bombe, permettant l'évacuation des bâtiments. Mais de
nombreuses personnes avaient été "profondément choquées", a-t-il été rappelé à
l'ouverture du procès.
L'appel aux pompiers avait d'ailleurs permis aux enquêteurs de remonter la
piste jusqu'aux accusés, dont trois sont dans le box, les trois autres
comparaissant libres.
Jean-Marc Dominici, "activiste nationaliste chevronné", est ainsi accusé
d'avoir contraint un ouvrier agricole marocain à acheter la puce de téléphone
utilisée ce soir-là, puis de l'avoir menacé de mort s'il parlait. Il a aussi
été désigné comme ayant "recruté" les deux jeunes hommes chargés de déposer la
bombe, à bord d'un véhicule volé.
Jean-Marie Biancardini a toutefois nié tout au long de l'instruction toute
implication dans cette action revendiquée à l'époque par le FLNC dit "du 22
octobre", dont il est présenté par l'accusation comme l'"artificier".
Selon l'ordonnance de mise en accusation lue lundi, il se dit "agriculteur
respectable" qui s'occupe de sa vigne et de son bar, affirmant par exemple que
les kilos de sucre retrouvés chez lui étaient utilisés par sa mère pour faire
des confitures et des fruits au sirop.
Il met aussi sur le compte du dépit d'une femme trompée les accusations de
vol de voiture portées contre lui par une ex-maîtresse (parmi les accusés au
procès), "tombée amoureuse" puis "anéantie" par sa relation avec lui.
Une trentaine de témoins devraient être entendus durant le procès, prévu
jusqu'au 2 avril.