La CGT a qualifié mardi de "profondément
injuste" la condamnation à des peines de prison avec sursis de six ouvriers de
Continental poursuivis pour le saccage de la sous-préfecture de Compiègne en
avril, tandis que FO s'est inquiétée d'une "judiciarisation" des conflits.
Le tribunal correctionnel de Compiègne (Oise) a prononcé mardi des peines
allant de trois à cinq mois de prison avec sursis contre six des sept ouvriers
de l'usine Continental de Clairoix. Un 7ème prévenu a été relaxé par le
tribunal, qui n'a prononcé aucune amende.
Dans une déclaration intitulée "un jugement profondément injuste", la CGT
affirme que cette décision "illustre le caractère profondément injuste et
déséquilibré du cadre légal actuel quant au maintien et au développement de
l'emploi et des entreprises".
Le texte est signé de la confédération, de son Union départementale de
l'Oise et de sa fédération de la chimie.
Selon le communiqué, "alors que les salariés ont un impérieux besoin de
sécurité dans leur emploi et dans leurs droits, d'un côté on criminalise ceux
qui luttent face aux décisions unilatérales des actionnaires, de l'autre on
fait preuve d'indulgence voire de connivence avec les dirigeants qui imposent
leurs décisions stratégiques sacrifiant les entreprises et l'emploi".
Parmi les condamnés figure le leader CGT de Continental à Clairoix, Xavier
Mathieu, qui s'est vu infliger cinq mois avec sursis. Un vif contentieux
l'oppose aux instances fédérales et nationales, après que, le 17 août dernier,
il eut traité le secrétaire général Bernard Thibault de "racaille", "juste bon
qu'à frayer avec le gouvernement".
Le secrétaire général de Force Ouvrière (FO), Jean-Claude Mailly, s'est
pour sa part inquiété sur BFM de cette décision de justice.
"On rentre dans un système de judiciarisation qui est préjudiciable",
a-t-il estimé. "Pour les Conti, il y a encore le civil, est-ce qu'on va les
condamner à rembourser? Il faut être sérieux, la violence n'est pas toujours
là ou on croit", a-t-il poursuivi.
"Attention à la judiciarisation, ça peut provoquer des mouvements encore
plus violents" de la part des salariés qui perdent leur emploi, a-t-il fait
valoir.
Dans un communiqué distinct, Solidaires (syndicats Sud et autres), qui
n'existe pas à Continental-Clairoix, estime que "ces condamnations sont
d'autant plus inadmissibles qu'un protocole d'accord de fin de conflit a été
signé en mai: ces actions, aujourd'hui lourdement sanctionnées, auraient dû
être abandonnées dans ce contexte de fin de conflit".